Ils accusent: Sarkozy sous BHL, par Jacques Vergès et Roland Dumas

D’emblée, saluer le titre : il fait écho au pamphlet antigaulliste Mauriac sous de Gaulle de Jacques Laurent publié en 1964. D’un pamphlet il est également question avec ce Sarkozy sous BHL signé par ces deux redoutables rhéteurs que sont Jacques Vergès et Roland Dumas. Les deux avocats octogénaires cravachent le cuir de leur monture polémiste et sonnent la charge contre la politique étrangère de Nicolas Sarkozy et, plus particulièrement, contre l’engagement de la France en Libye. Publié il y a quelques mois, ce Sarkozy sous BHL a eu droit au mutisme quasi total de la presse écrite. A l’heure où la Libye semble verser pour de bon dans la guerre civile, il était de bon ton de s’intéresser au regard porté par ce binôme insolent.
Ce n’est pas un duo improbable. Beaucoup les réunit : anciens résistants, juristes de haut parage, une érudition certaine, un amour de la littérature, un penchant pour la provocation (ou peut-être simplement le plaisir aristocratique de déplaire), une force de persuasion indubitable, un esprit très français (causticité, élégance, cynisme)…L’un comme l’autre sont des hommes contestés, mais à leur âge vénérable, et après de tels itinéraires, ils n’ont plus rien à prouver, ni à perdre. C’est tout juste si l’on ne sent pas au fond d’eux le désir mutin de s’amuser encore un peu. Peut-être même cherchent-ils plus à séduire que convaincre.
Pas avares en bons mots, ces deux bretteurs complices bousculent avec ce pamphlet l’idée conformément admise de la nécessaire intervention en Libye. Dès l’incipit, l’accusation est cinglante : « Président de la République pour sept mois encore, ce sont deux Résistants qui vous écrivent pour vous dire que vous trahissez la France. » Un brin de solennité pour introduire le propos, ça ne fait pas de mal. Comme de coutume dans les pamphlets, l’offensive est directement portée sur la personne elle-même : « Vous détestez la culture française et ne voyez pas pourquoi les futurs énarques devraient lire La Princesse de Clèves, alors que lire les chefs d’œuvre de notre littérature est un plaisir. C’est même, selon Valéry Larbaud, un vice impuni, mais vous ne savez sans doute pas qui est Valéry Larbaud. » (rappeler Valéry Larbaud est toujours exquis) Le pamphlet est un genre littéraire spécifique. C’est la part belle aux imprécations, à la démesure, avec un style souvent au galop. C’est l’excès chapeauté par le grandiose, le philtre du brio versé dans la fiole de la rhétorique. Citons quelques illustres représentants : Léon Bloy, Léon Daudet, Chateaubriand, Victor Hugo (Napoléon le Petit), Voltaire (pour l’affaire Calas), ou plus près de nous Jean-Edern Hallier.
Ce pamphlet est bref : moins de 60 pages. Le reste, le dossier de la plainte déposée devant la Cour pénale internationale contre Nicolas Sarkozy pour crime contre l’humanité. L’entreprise prêterait presque à sourire tant sa finalité paraît condamnée. Le charme des causes perdues…Reste la portée symbolique. Et ce réquisitoire féroce. Un réquisitoire documenté ; une argumentation solide. Suggérée par Bernard Henri Lévy et avalisée par le président Sarkozy, la politique étrangère de la France en Libye est brocardée avec véhémence par les deux avocats. Ils accablent une politique française qui n’a plus rien à voir avec celle du général de Gaulle. Ils dénoncent, sous couvert de la vache sacrée humanitaire, le mépris de la souveraineté des Etats, pointent des relents de colonialisme : « Les interventions en Afghanistan, en Côte d’Ivoire ne suffisent pas à votre bonheur. L’engagement en Libye des troupes françaises coiffées de nouveau du casque colonial, comme au bon vieux temps, vous fait visiblement vibrer ! » (ils évoquent également le Kosovo mais là, Sarkozy n’est pas responsable) Vergès et Dumas décochent contre le président Sarkozy toutes les flèches de leur carquois : « Ce n’est pas l’amour du genre humain qui vous fait courir, c’est la braise, le flouze, l’oseille, la thune, comme on disait à la Cour des miracles », « Vous êtes impatient comme un enfant qui trépigne ou un drogué shooté à mort, vous passez votre temps à lancer des ultimatums aux chefs d’Etats dont la tête ne vous revient pas. » Ils l’affublent également avec cruauté du surnom « Attila le Petit » en référence à Victor Hugo et son Napoléon le Petit. Ils lui reprochent également le dévoiement de la fonction présidentielle, sa désacralisation, faisant référence notamment à son emploi cavalier de la langue française.

Si Nicolas Sarkozy provoque l’ire des deux avocats, un autre personnage du récit libyen est mis en cause (bien que les deux auteurs ne s’y attardent pas) : Bernard-Henri Lévy. Surnommé « Lévy d’Arabie », le « philosophe » (…) substitué en agent subversif et belliqueux est cisaillé comme il se doit : « De Gaulle aimait s’entretenir avec Malraux, un écrivain à sa hauteur. Vous croyez l’imiter en vous montrant avec M. Lévy, un mythomane qui se prend pour Lawrence d’Arabie… Lévy d’Arabie, il y a de quoi rire. C’est sans doute la première fois qu’un intellectuel aussi médiocre que M. Bernard-Henri Lévy joue un rôle aussi important dans la République. On ne peut le comparer ni à Jacques Attali qui était une institution dans la République ni à Marie-France Garaud qui disposait d’une relation personnelle avec Georges Pompidou. La situation insolite de M. BHL ne relève ni d’un cas ni d’un autre. Il n’est rien dans la République. Il s’impose. Il virevolte. Il joue les "mouches du coche" ». L’attaque est plaisante – et légitime. Cependant, on eût aimé une analyse plus poussée du rôle joué par BHL. Véritable entremetteur, il est sidérant qu’un homme sans aucune légitimité se soit vu pourvu d’une fonction quasi décisionnaire en ce qui concerne les affaires de l’Etat.
C’est avec un savoureux plaisir que nous lisons le pamphlet de Jacques Vergès et Roland Dumas. Sa lecture est recommandée autant pour sa qualité littéraire que pour son intérêt politique.
Hollande: la voie royale ?

Au-delà de ce que l’on peut désormais appeler « l’affaire DSK », au-delà de la présomption d’innocence qui doit fortement peser dans les débats, au-delà des images particulièrement choquantes du directeur du FMI menottes aux poignets, c’est bien l’ambition présidentielle de Dominique Strauss Kahn qui a volé en éclat ce samedi 14 mai sur le tarmac de l’aéroport JFK de New-York.
N. le maudit
Bagatelle, 30 avril 1995. Frères de misère et de combat, Nicolas Sarkozy et Philippe Léotard, les généraux vaincus du putsch de l’Elysée, sont venus donner leur reddition au chef des armées RPR.
Adagio (Mitterrand, le secret et la mort): une présidence française

« Ce n’est pas un traité de sagesse dont nous avons besoin mais d’une représentation. Représentation est le mot juste, rendre présent à nouveau ce qui toujours se dérobe à la conscience. L’au-delà des choses et du temps. La cour des angoisses et des espérances, la souffrance de l’autre, le dialogue éternel de la vie et de la mort. » Ainsi s’ouvre solennellement la dernière création d’Olivier Py (également directeur du théâtre de l’Europe-Odéon où se joue la pièce) consacrée au dernier grand mythe politique français : François Mitterrand. Ce sont d’ailleurs ses propres mots, les mots de celui qu’on appela le Sphinx, le Florentin (Mauriac), et même Dieu.
Un Panthéon politique
Aimé Césaire, poète et homme politique martiniquais, a rejoint les grands hommes de la Nation au Panthéon, où une cérémonie a eu lieu ce 6 avril (son corps, en revanche, est resté en Martinique, conformément à sa volonté). 