Arts, la culture de la provocation (1952-1966)

février 14, 2012 by Nicolas Giorgi · 4 Comments
Filed under: Nos choix 

 

 

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 ARTS, quatre lettres gothiques sur fond jaune qui figurèrent l’intelligence à la Française. Ce beau projet, monté de toutes pièces par Jacques Laurent, avait initialement pour but « qu’un boxeur eût rendu compte de la dernière pièce de Samuel Becket »Arts, ce devait être ce journal de l’intelligence à la française, « le journal de l’homme cultivé d’aujourd’hui », comme il aimait à se définir.

Bretteurs renommés, fines gâchettes, romanciers confirmés, jeunes Turcs de la Nouvelle vague, tous donnèrent du grain à moudre à la critique de leur temps. Hebdomadaire des lettres, du spectacle, de la musique, de la littérature, du cinéma, de la politique, que sais-je encore ?, Arts c’est l’éclectisme pétaradant. Eclectisme, mais aussi pluralisme. Aucune ligne officielle ne se dégageait clairement, deux collaborateurs pouvaient très bien avoir une opinion divergente et néanmoins l’exprimer. Tout comme n’était pas obligé d’intervenir dans son domaine de prédilection tel ou tel auteur. C’est ainsi qu’est rendu possible de voir Gilbert Bécaud évoqué par Ionesco ou encore Marcel Jouhandeau s’émouvoir de la mort de John Fitzgerald Kennedy.

   Henri Blondet, érudit bibliophile, a donc eu la lumineuse idée d’extraire le meilleur des textes parus dans Arts entre 1952 et 1966, dont des inédits d’Antoine Blondin, Bernard Franck, Jean-Luc Godard, Roger Nimier ou encore Boris Vian. Laurent et Nimier, « que tout rapprochait, sauf la sympathie », comme l’écrivait Christian Millau, furent successivement rédacteurs en chef à Arts. Faire de cet hebdomadaire « une feuille d’humeur et de partis pris », était la pierre angulaire du projet diligenté par Laurent. Lui qui a en sainte horreur les publications austères et étriquées instaure une vraie ligne de conduite à son journal, qu’il veut à l’avant-garde dans tous les domaines du champ artistique. Il ne méprise pas non plus les faits divers. Quatre semaines durant, c’est aux colonnes d’Arts que Giono livrera ses impressions de chroniqueur judiciaire à l’occasion du procès Dominici. Ce qui est bien avec Arts, c’est que chacun y trouve son compte, que l’on soit féru de cinéma ou simple amateur de jazz. On se ruera sur les études cinématographiques de Truffaut comme on goûtera avec délice les devoirs de vacances de Déon. La politique ne sera pas mise au piquet, avec le journal de la semaine de Roger Nimier, chargé de contrer le Bloc-notes de Mauriac qui paraissait dans l’Express.

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      Henri Blondet, dans ce recueil, opère un classement rigoureux des plumes passées par Arts. Une première partie est consacrée aux « Patrons », dans tous les sens du terme. Jacques Laurent bien sûr, puis Roger Nimer à qui il passera le relais et qui animera la réforme de l’hebdomadaire. L’auteur du Hussard bleu écrit tout de même depuis 1953 dans Arts avant d’en prendre les commandes. Mais Nimier, en enfant triste, se lasse, et vers 1961, c’est André Parinaud qui reprend la main avec de nouvelles rubriques tenues par Matthieu Galey et Jean D’Ormesson. Qu’il passe d’une main à l’autre n’a que peu d’influence sur le contenu du journal, qui conservera son entière acuité tout du long de l’aventure. Devenir chroniqueur pour Arts, c’était s’assurer d’un auditoire de choix et d’un carnet d’adresses assez conséquent pour prouver son talent. Ce ne sont pas les « Débutants », seconde catégorie choisie par Blondet, tels que Régis Debray ou Jean-René Huguenin, qui diront le contraire. Viennent ensuite les « Grands anciens » (Marcel Aymé, Jacques Chardonne), « Les hussards et leurs amis » : Déon bien sûr, Blondin, Bernard Franck ( savoureuse ironie). Enfin une catégorie un peu fourre-tout, intitulée « Homme de radio, femme de télévision » (Michel Polac, Nicole Verdès). Un chapitre « Premier roman » (Pérec), et « Princes de l’humour » (Alexandre Vialatte, une vraie bonne pioche soit dit en passant), complètent ce classement.

Tout cela donne un ensemble assez homogène, non dénué de charme et d’élégance, jamais à court de bons mots, d’une charge acerbe ou d’une formule au vitriol. C’est qu’une vraie et saine émulation règne dans les colonnes d’Arts, comme un grand concours de prose à ciel ouvert. A l’heure où l’on dégaine si facilement son révolver à la prononciation du mot culture, il est assez roboratif de constater qu’il était une époque où le mot culture n’était pas une souillure, et où la provocation n’était pas offerte au premier quidam venu. Des milliers de pages étaient nécessaires pour obtenir son brevet de trublion officiel. Feuilleter ce catalogue de grands noms, c’est pénétrer dans une sorte de confrérie qui se renouvelle et traverse le temps, sûr de sa force tranquille.

   Il serait difficile d’extraire en particulier quelques « billets d’humeurs » de ce recueil. En toute subjectivité, je ne peux cependant que vous conseiller de lire ce texte, pur et limpide, de Marcel Aymé. Intitulé « Une tête qui tombe ». L’auteur non conformiste et inclassable du Passe-muraille couvrira en sa qualité de jeune journaliste l’exécution d’un condamné à mort. Ce texte s’inspire directement du reportage que lui avait commandé 27 ans plus tôt « un brave homme de rédacteur en chef », comme précise l’hebdomadaire.  S’il en est un autre qui tire assez bien son épingle du jeu parmi les nombreuses exubérances de ce recueil, c’est Bernard Franck. L’heureux inventeur des hussards rejoignit ceux-ci le temps de quelques articles. On rira de bon cœur à la lecture de ses « Dix règles de conduite plus une pour réussir », telles que :

« Ne jamais se demander à quoi sert la réussite, si même elle existe (conseil numéro 1)

2: Se demander par écrit à quoi sert la réussite. Bâiller longuement. Parler de l’échec, de la puissance de la négation. (…)

5. Trouver une phrase gentille sur chaque « maître de son temps ».

Exemple : Sartre passera comme le café.

Malraux est bête comme l’Himalaya

Mauriac est gnan-gnan ou boum-boum etc.

Aller dans les salons (conseil numéro 9)

10 : Il n’y a plus de salons.

Ou bien : Avoir du talent et travailler. (Phrase journalistique qui se ressent de l’influence de Paul Doumer).

Appendice 1 : Ne tenir aucun compte de toutes ces fariboles mais suivre avec la plus grande attention la carrière de l’auteur de cet article. »

   L’emploi du terme nostalgie en la circonstance ne sera pas superflu. Comment ne pas sentir comme une lame de tristesse vous parcourir le corps à voir se ployer sur votre table de chevet un numéro d’Arts que l’usure du temps a rissolé ? Des numéros si introuvables, ou tout simplement hors de portée de bourse, qu’une telle initiative relève presque du devoir de mémoire. C’est pitié de voir qu’aujourd’hui quasiment personne ne se souvient d’Arts. Pourtant quelle autre revue, malgré l’expansion irrésistible des titres en France après 45, peut se vanter d’une telle réussite ? Et pourquoi celle-là en particulier quand vous aviez en concurrence La Parisienne, La Table Ronde ou encore Opéra ? On choisit de lire Arts pour Jacques Laurent bien sûr, mais aussi pour ses prises de position sur des sujets graves, pour sa fine analyse du roman, de l’industrie cinématographique, enfin surtout pour le ton, hermétique à toute forme d’ennui. Et puis un journal qui ouvrît ses colonnes à de jeunes auteurs comme Jean-René Huguenin, météore du paysage littéraire français, lui confiant plus d’une double page par semaine pour mener à bien une fastidieuse enquête sur « L’amour en 1962 » mérite davantage que le respect ; elle mérite l’admiration.

Enfin je vous parle d’un temps… que même les plus de 20 ans méprisent. Alors. Alors quoi ? Tous ces à-quoi-bonnismes à l’endroit de la nécessité de reparler ou non d’Arts ne nous rendront ni nos 20 ans, ni les Hussards. Pas même des raisons d’y croire. Alors jetez-vous sur ce recueil, qui se picore ou se dévore, selon l’humeur.

Les Lumières du ciel, Olivier Maulin

janvier 8, 2012 by Nicolas Giorgi · 3 Comments
Filed under: Révélations contemporaines 

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Oubliez les perspectives migraineuses de cette rentrée littéraire 2012, ses 480 nouveaux romans et ses vaines tentatives de « politique-fiction »… Avec Les lumières du ciel d’Olivier Maulin, vous n’aurez bientôt plus grand chose à regretter. On n’avait pas lu quelque chose de plus original depuis un bon moment.

Auteur de quatre romans, toujours prétextes à d’impromptus départs en voyage, comme dans En Attendant le roi du Monde, Olivier Maulin nous livre ici un diable de bon roman, revigorant à souhait et à la désinvolture heureuse. Une singularité qu’il a en partage avec ces « anars de droite » qu’étaient Blondin, Audiard, Marcel Aymé, voire plus lointainement Barbey D’Aurevilly et Léon Bloy.

En vérité tous ceux qui ont contribué au mythe fondateur de l’écrivain « désengagé » sans pour autant renoncer à glisser quelques idées subversives dans leurs textes.

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Le Hussard rouge, Patrick Besson

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« Un joli petit objet pas encombrant et où le lecteur, comme au Club Méditerranée, est pris en charge du début à la fin ». Telle est la définition que donne Patrick Besson de ce qu’est un livre de Françoise Sagan, la « madame sans-génie» de la littérature.

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Du Fonds monétaire au fond du trou: L’Enculé, Marc-Edouard Nabe

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On en a tellement dit sur l’épopée de DSK à New-York, que le meilleur moyen d’en reparler était encore de la faire raconter par son principal protagoniste : «  Des milliers, des millions, des milliards même d’individus dans le monde ont leur petite idée sur ce que j’ai fait dans cette chambre ! ».

 

C’est DSK qui parle, faisant le récit de son été New-Yorkais à la première personne.

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Incertains désirs de Denis Tillinac: Voyage au bout des illusions

 

   Cela fait partie des plaisirs que l’on ne saurait refuser. Un livre écrit, et plutôt bien écrit, par l’un de ses contemporains sur lequel on n’aurait pas envie de cracher, voire que l’on serait plutôt enclin à encenser. Son titre: Incertains désirs. 

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