le Bloc, Jérôme LEROY

C’est avec un soupçon de défiance mâtiné d’incrédulité que je découvrais la trame narrative du nouveau livre de Jérôme Leroy : Le Bloc. « Sur fond d’émeutes de plus en plus incontrôlables dans les banlieues, le Bloc Patriotique, un parti d’extrême droite, s’apprête à entrer au gouvernement. La nuit où tout se négocie, deux hommes, Antoine et Stanko, se souviennent. » Défiance, car, souvent, une fiction sur « l’extrême droite » n’échappe pas aux caricatures, ignore le bon sens et, plus condamnable, se révèle une piètre production littéraire (souvent si l’auteur est un homme de gôche ; à droite on sait toujours écrire, ou presque). Incrédulité ensuite, à la vue du nom de l’auteur. Se pouvait-il que Jérôme Leroy se mue en tuteur d’un antifâchisme d’opérette ? Non, pas lui, pas l’auteur de brio d’un premier roman (L’orange de Malte) que tout jeune homme de vingt ans aux penchants hussardiers rêverait d’avoir écrit. Qu’avait-on fait du Kléber de l’arrière saison normande, de son essai sur le « meilleur des hussards », de cette Cynthia qui lisait Chardonne et dont le choix du prénom était un écho fraternel à l’héroïne de l’Amour vagabond, ce roman carte-préfacé par les hussards signé par l’admirable voyageur transfiguré qu’était André Fraigneau. L’Orange de Malte vaut bien pareille digression. Se pouvait-il, donc, que le critique littéraire avisé de feu le Quotidien de Paris, le journaliste de Valeurs Actuelles ou de Causeur tombât dans un antifascisme de kermesse ? Il n’en sera rien. Défiance et incrédulité s’évanouiront dès la lecture enivrante des premières pages ; pour ne pas dire dès la première ligne : « Finalement, tu es devenu fasciste à cause d’un sexe de fille. »
