Sunsiaré de Larcône: la Princesse blonde du Hussard bleu
Sunsiaré de Larcône. Ce beau nom qui claque comme un étendard. Qui est moins un nom, d’ailleurs, qu’un sésame pour happy few, qu’on murmure dans le cénacle des passionnés de légendes hussardes. En détachant avec délectation les syllabes, on tombe déjà amoureux de vous. Et dès lors qu’on vous aperçoit, on ne peut plus vous oublier. Un profil à la fois altier et mutin ; une grâce d’héroïne médiévale ; une régence dans les yeux. Et puis cette blondeur féérique, cette belle chevelure de femme. La profusion solaire de vos cheveux blonds qu’un vent fatal ramena peut-être sur votre beau visage ce 28 Septembre 1962, peu avant minuit, sur l’autoroute de l’Ouest quand, en messagère de la mort, vous emportâtes dans l’au-delà l’écrivain Roger Nimier…Muse de 27 ans, l’aimiez-vous ce prince des hussards, à qui vous ôtâtes la vie, et la vôtre, à cent soixante à l’heure ? Vous aimiez la vitesse, l’alcool, les écrivains ; vous aimiez conduire pieds nus… Aston Martin, Alcool, Autoroute : à chacun son triple A.
Sunsiaré de Larcône. Un prénom et un nom arrangés. En fait, c’est Suzy Durupt. Sunsiaré de Larcône mêle un prénom indien et un patronyme d’origine espagnole. Elle a grandi dans les Vosges avant de faire un crochet par Oran. A 17 ans, la petite Suzy n’estime pas la capitale de l’Oranais à la mesure de ses prétentions. Direction la métropole via bateau. Elle débarque à Paris en 1952, pauvre, seule, inconnue. Une anonyme parmi les anonymes. Sa force, c’est de croire, depuis toujours, en un destin extraordinaire. Des rêves de gloire, une opiniâtreté jamais démentie, une beauté éloquente : ses vœux de réussite ne tarderont pas. Elle sera modèle pour Boussac et Balenciaga, figurante dans des films de cinéma ou publicitaires. Sunsiaré deviendra très vite « l’exacte représentation des années 50. » (Lucien d’Azay, A la recherche de Sunsiaré) Mais sa passion, ce sera la littérature : une passion exaltée, juvénile, obstinée. Elle a un goût immodéré pour une littérature d’enchantements et « d’étrangetés romanesques », de romantisme fiévreux. Elle est fascinée par Julien Gracq. Ses livres, notamment Au Château d’Argol, seront sa formation. Sa Messagère, son unique roman, sera inspiré de l’univers gracquien. « Qui est Isolde ? Fille du vent et de l’espace, elle semble être née pour une liberté sans mesure. Et cependant elle obéit à la rigueur d’une courbe implacable. Apprivoisant les bêtes, éveillant la forêt, vivant au rythme des saisons, elle se rend d’une démarche sûre vers cette forteresse des Harceaux où l’attend le secret de son destin » (La messagère)

Sunsiaré aimantait les écrivains chez qui elle « traquait les qualités olympiennes, l’intelligence et le prestige. » A coups de lettres et de quelques rencontres, elle sollicitera ou fréquentera Raymond Abellio, Guy Dupré (voir ses Manœuvres d’automne), André Pieyre de Mandiargues. D’âme, parfois de corps, elle se donnera. Une lettre qu’elle écrit à Raymond Abellio dessine les contours de sa personnalité à la fois extravagante, mystique, vaniteuse et insouciante : « Pratiquement, certes, on peut se demander à quoi je pourrai employer mon « charme », ma jeunesse et mon apparente gaminerie. Cela se trouvera sans doute. Ce n’est pas par hasard que dès mon plus jeune âge, je n’ai sélectionné et réuni autour de moi que des hommes « responsables », puissants, plus par l’intelligence et ce que je prévoyais en eux de mûrissement possible que par une position sociale quelconque, et conjointement toujours bien proportionnée. Née comme je l’étais, rien ne m’y destinait vraiment, donc tout m’y prédestinait. » Sunsiaré est déterminée, charmeuse, ambitieuse. Guy Dupré dira notamment à son propos : « En tout et toujours, je l’ai vue donner la préférence à l’essentiel, négliger ce qui pouvait l’altérer ou la retarder pour céder à l’élan qui la laisserait intacte. De ses déceptions elle tirait un ivoire. » On dira d’elle qu’elle est à la fois « ange flamboyant, magnétique, emmerdeuse, glaciale. »
Iseult moderne, Sunsiaré de Larcône hantera longtemps la mémoire de ses contemporains. Bien sûr, elle ne doit pas sa célébrité à son talent littéraire. C’est sa mort accidentelle aux côtés de Roger Nimier qui la conviera à la postérité. Ils se connaissaient depuis seulement trois semaines. On la disait follement éprise de cet enfant triste. Elle étourdissait Nimier qui avait le chic pour inviter les jolies femmes à faire une virée en décapotable. Ce soir là, visiblement, Roger a laissé conduire Sunsiaré. Blondin assura à Jean-Marc Parisis qu’il l’avait vu prendre le volant en partant.
Vendredi 28 Septembre 1962. Une Aston Martin DB4 fonce en direction de Paris. A 23h45, à 6km du tunnel de Saint-Cloud, le bolide fait une embardée, percute sept bornes de béton avant de s’écraser contre le parapet du pont qui enjambe les routes nationales 307 et 311. La voiture, qui roulait sur la file de gauche, aurait d’abord tenté de doubler par la droite (elle n’aurait pas eu le choix) avant de freiner brutalement et de faire un écart. On ressortira du bolide en ruine les corps de Roger Nimier et de Sunsiaré de Larcône. On les transportera à l’hôpital de Garches. Nimier expirera dès son arrivée, Sunsiaré à 3h30 du matin. Ils avaient respectivement 36 et 27 ans. Dans le numéro de Paris Match du 6 octobre 1962, on voit les deux amants à la morgue qui, selon la formule de Gracq, ressemblent « aux gisants des anciens tombeaux. » Les légendes ne meurent jamais.
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One Response to “Sunsiaré de Larcône: la Princesse blonde du Hussard bleu”
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merci pour ce beau partage et cet article surtout.