Jean de Tinan ou le culte de la vie

Les meilleurs partent les premiers, c’est bien connu. Et la littérature n’est pas avare en trajectoires flamboyantes avortées. Jean-René Huguenin, Raymond Radiguet, Jean de Tinan morts respectivement à 26, 20 et 24 ans. A chacun son podium. Le mien est définitif, placé tout là-haut sur l’échelle de la grâce – grâce de l’écrire et du vivre. C’est du plus lointain de ces ardents cousins qu’il s’agira ici : Jean de Tinan, né en 1874.
Paul Morand: Les confessions inutiles d’un vieux prince
Il faut beaucoup de discernement pour juger de la qualité d’un homme, son aura, la trace qu’il aura laissée dans la vie littéraire. Homme de mauvaise constitution, d’humanité médiocre pour les uns, formidable géographe des idées, orfèvre de la langue française, qu’il a fait jazzer comme personne pour les autres (respectivement Nimier et Céline), Morand est l’écrivain d’une époque charnière entre l’avant et l’après 68, vestige d’une civilisation qu’on appelait France.
