Dominique, Eugène Fromentin, extrait

avril 27, 2010 by denecessitevertu · Comment
Filed under: Morceaux choisis 

 

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« L’absence a des effets singuliers. J’en fis l’épreuve pendant cette première année d’éloignement qui me sépara de M.Dominique, sans qu’aucun souvenir direct parût nous rappeler l’un à l’autre. L’absence unit et désunit, elle rapproche aussi bien qu’elle divise, elle fait se souvenir, elle fait oublier ; elle relâche certains liens très solides, elle les tend et les éprouve au point de les briser ; il y a des liaisons soi-disant indestructibles dans lesquelles elle fait d’irrémédiables avaries ; elle accumule des mondes d’indifférence sur des promesses de souvenirs éternels. Et puis, d’un germe imperceptible, d’un lien inaperçu, d’un adieu, qui ne devait pas voir de lendemain, elle compose, avec des riens, en les tissant je ne sais comment, une de ces trames vigoureuses sur lesquelles deux amitiés viriles peuvent très bien se reposer pour le reste de leur vie, car ces attaches-là sont de toute durée. Les chaînes composées de la sorte à notre insu, avec la substance la plus pure et la plus vivace de nos sentiments, par cette mystérieuse ouvrière, sont comme un insaisissable rayon qui va de l’un à l’autre, et ne craignent plus rien, ni des distances ni du temps. Le temps les fortifie, la distance peut les prolonger indéfiniment sans les rompre. Le regret n’est, en pareil cas, que le mouvement un peu rude de ces fils invisibles attachés dans les profondeurs du cœur et de l’esprit, et dont l’extrême tension fait souffrir. Une année se passe. On s’est quitté sans se dire au revoir ; on se retrouve, et pendant ce temps l’amitié a fait en nous de tels progrès que toutes les barrières sont tombées, toutes les précautions ont disparu. Ce long intervalle de douze mois, grand espace de vie et d’oubli, n’a pas contenu un seul jour inutile, et ces douze mois de silence vous ont donné tout à coup le besoin mutuel des confidences, avec le droit plus surprenant encore de vous confier. »

Dominique, Eugène Fromentin, début du chapitre II.

Feu d’Annunzio

avril 21, 2010 by Alexandre Le Dinh · Comment
Filed under: Gabriele d'Annunzio 

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 « Il est certainement dans l’ensemble de son œuvre le plus grand artiste que l’Italie moderne ait possédé, et l’un des plus grands qui aient jamais existé » écrivit Marguerite Yourcenar à propos de Gabriele d’Annunzio, grand écrivain italien qui marqua la fin du 19ième siècle et la première moitié du vingtième par son génie enfiévré, son égotisme célébré et sa sensualité exacerbée.

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La côte sauvage, Jean-René Hugenin, extrait

avril 21, 2010 by Alexandre Le Dinh · Comment
Filed under: Morceaux choisis, Nos maîtres 

 

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  "Tout près de lui, ses cheveux, son odeur-cette odeur tiède et légèrement salée-un corps, un souffle, rien de plus. Peut être chacun de nous invente-il sa façon d’aimer, un amour qui n’a nullement les intentions que l’on prête à l’amour, et qui paraitrait monstrueux s’il n’en avait les apparences. Vanité d’un cœur qui s’épuise à inventer ce qu’il ressent, à se donner des désirs et qui apporte tant de triste zèle à s’imaginer souffrir ! J’ai du tout inventer seul, je me suis toujours voulu ; j’ai régné sur moi chaque jour. Qui suis-je ? Qui étais-je ? Je ne trouverai jamais ma nuit. C’est moi que je prie, c’est moi qui m’exauce. Dieu dans sa haine nous a tous laissés libres. Mais il nous a donné la soif pour que nous l’aimions. Je ne puis lui pardonner la soif. Mon cœur est vierge, rien de ce que je conquiers ne me possède ! On ne connaitra jamais de moi-même que ma délirante soif de connaitre. Je ne suis que curieux. Je scrute. La curiosité c’est la haine. Une haine plus pure, plus désintéressée que toute science et qui presse les autres de plus de soins que l’amour-mais qui les détaille, les décompose. Me suis-je donc tant appliqué à te connaitre, Anne, ai-je passé tant de nuits à te rêver, placé tant d’espoirs à percer ton secret indéchiffrable, et poussé jusqu’à cette nuit tant de soupirs, subi tant de peines pour découvrir que mon étrange amour n’était qu’une façon d’approcher la mort? » Jean-René Huguenin, La côte sauvage, page 146-147
 

Sous les coups des barbares

avril 13, 2010 by Alexandre Le Dinh · Comment
Filed under: Le porte-étendard, National, Réactions 

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 Maurice Barrès écrivait voilà un siècle un livre au titre prophétique : Sous l’œil des barbares. Les faits, depuis une dizaine d’années, tendent à prouver combien ce titre est dépassé. L’œil torve et injecté de haine des barbares trouve son prolongement dans les coups qu’ils assènent, dans les lynchages qu’ils répètent.

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18 ans en 40

avril 12, 2010 by Alexandre Le Dinh · Comment
Filed under: Hussards 

 

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 Après avoir ouvert son compteur avec un chef d’œuvre foisonnant : Les Corps tranquilles, Jacques Laurent, au début de l’année 1954, publie un texte court : l’intimiste Petit canard et répond ainsi à ses détracteurs qui le jugeaient incapable de réussir un court récit.

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