Franz-Olivier Giesbert et son mausolée à l’amour

février 26 2010 par Nicolas Giorgi
Catégorie: Petits romans actuels 

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On connait Franz-Olivier Giesbert comme patron du Point, présentateur TV, éventuellement comme biographe. Ses yeux légèrement désynchronisés, « dont l’un envoie l’autre paître », nous sont désormais familiers. Aussi, lorsque l’on ouvre Un très grand amour, son dernier roman commencé il y a cinq ans à la suite d’une rupture, ne s’attend-on pas à retrouver l’auteur de « La Souille » sur ce terrain là…
 
Car c’est bien d’amour que se propose de nous parler le folâtre Franz-Olivier. On en est même averti dès le début : « Ceci est un roman et il ne faut pas le lire autrement. Tous les personnages de ce livre sont purement imaginaires, sauf l’amour, le cancer et moi-même. »
 
« L’amour, le cancer ». En apparence deux thèmes antagonistes et pourtant… Pourtant l’amour est bel et bien un cancer, à la différence que celui-ci ne se soigne pas.
Pour Antoine, le narrateur, c’est sans rémission. Quand on a aimé, on aime pour toujours, surtout lorsque cet amour est porté au 4ème degré de l’amour violent, théorie établie par un prieur du XIIème siècle.
 
Mais malgré cette savante accroche,-déchéance d’un couple, promesse d’un suicide au sac plastique, cancer de la prostate- dès le début du livre, notre attention chute. On sent que l’auteur a quelque chose à nous dire, une grande douleur à expulser, mais elle reste hors de portée du lecteur, de par la pauvreté de ses intonations.
 
Car FOG, l’acronyme le plus célèbre du PAF, évolue en eaux troubles, sous couvert d’un faux anonymat. Il enfume le lecteur, si bien que le ton intime qu’il donne dès le début de son récit vire très vite au minimalisme. Des dialogues du genre :
« - Je suis heureuse Antoine.
-Moi aussi. », parachèvent ce tableau. Une impression de « fausse vie », d’artificilité des sentiments s’en dégage. Est-ce à dire que la banalité des sentiments rend le récit crédible, cela n’est pas impossible non plus…
 
Quant au style, et cela n’est pas sans importance, FOG ne cherche pas à faire de « chichis ».
C’est du rugueux. Du viril. Phrases qui sonnent comme des points d’exclamation, brutalité du ton et écriture dopée à la testostérone. Ames hypersensibles s’abstenir. Car pour se fondre dans cette atmosphère ombrageuse, il vous faudra au premier chef vous accommoder d’expressions du type : « Guignol à l’air égaré », « porc lubrique », commençant à « sentir le vieux », « ce mélange d’urine fermentée et de citron pourri » … Giesbert excelle  dans l’auto-flagellation. Sans concession avec lui-même, il ne se donne presque jamais le beau rôle.
 
« Je me considérais comme mort avant l’heure »
 
A partir du moment où Antoine apprend qu’il a un cancer (qui correspond aussi au début de sa rupture avec Isabella), il cesse toute activité conservatrice, jusqu’à annuler ses visites chez le dentiste en dépit d’une dent cassée. A quoi bon ? se demande t-il. « Je me considérais comme mort avant l’heure »
L’auteur traite ce sujet sans jamais tomber dans le pathos, ni verser dans le sentimentalisme le plus abject. Peut-être l’aspect le plus réussi du livre. Il s’en fout, devient complètement neurasthénique et passe ses journées à rêvasser ses obsèques, allant jusqu’à dresser la liste des musiques de sa cérémonie funèbre. « Du pathos, des clins d’œil, du second degré, il y en avait pour tout le monde.»
 
L’anti-macho
 
Son personnage est un homme d’une soixantaine d’années, typiquement de son temps (7 enfants issus de 3 divorces successifs), avec tout de même sous ses excès de sentimentalisme fleur-bleue, quelques résidus d’homme paléontologique. Il fait beaucoup de mal sans jamais le vouloir, s’excuse en permanence, ne contrôle pas ce qu’il fait. Victime de l’amour (il dort avec le tee-shirt de son aimée et en exhume les senteurs après sa rupture), il se voit soumettre à l’impétuosité de ses désirs et à la violence de l’amour lâche.
 
Ainsi Antoine, alias FOG, a de plus en plus de mal à écrire à mesure qu’il perd son grand amour, Isabella, « une fille aux cheveux or ». Paralysé par la peur, de mourir, de vivre ou les deux à la fois, il écrit plusieurs romans en même temps, aux titres bien dans l’air du temps tels que « les hommes de ma femme ». Un écrivain à succès donc, dont le lecteur a vraiment du mal à saisir les personnages, tant les descriptions sont bâclées.
Et celles qui concernent la gente féminine plus particulièrement. Prenez par exemple cette description : « Isabella était elle, l’harmonie incarnée. Ses hanches ne manquaient de rien, avec leurs courbures généreuses. Cela tombait bien : ce que j’ai toujours préféré chez la femme, c’est le bassin. Avec l’épaule qui, en l’espèce, était galbée. »
Ou cette autre encore d’une infirmière, dont l’auteur s’entiche après sa rupture : « C’était une jeune fille comme je les aime. Une bouche à baisers, des yeux gourmands et des bras de fermière. Avec ça, des reflets d’or dans ses cheveux châtains, comme Isabella ».
 « Cheveux », « reflets », « or », s’il croit nous éblouir avec ça !
 
Au final, Un très grand amour est un bien beau titre pour un roman qui n’en est pas vraiment digne. On en ressort un peu groggy, peut-être même déçu, avec un goût légèrement amer dans la bouche, comme du sang caillé.
Reconnaissons lui tout de même une chose : son courage (mais n’est-ce pas plutôt de l’inconscience ?), pour avoir publié ce livre, qui risquait de changer le regard du spectateur lambda assis devant « Vous aurez le dernier mot ».
Mais l’ensemble tel qu’en lui-même donne trop la sensation d’un grand fourre-tout, dans lequel l’auteur en profite pour exorciser ses vieux démons; n’en déplaise au lecteur, qui reste bel et bien sur sa faim.
 
« Je me suis enfin trouvé, alors qu’il est presque trop tard: c’est juste quand on a appris à vivre qu’arrivent à maturité les arbres qui feront nos cercueils. »
 

                                                                                                                   

 

 

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